Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 15:15

Tout le monde sait comment on gagne des élections en Afrique. Il y a plusieurs méthodes. La première, directement mise en place par la France au lendemain des Indépendances, consiste à désigner directement le vainqueur. Cette méthode évite de dépenser un argent inutile à organiser des scrutins alors que leur vainqueur est déjà connu à l’avance.

 

Une autre méthode, plus respectueuse de l’intérêt général, consiste à bourrer les urnes, ou, mieux, à ne pas les ouvrir avant la proclamation des résultats. Cette seconde méthode évite que les électeurs n’ayant pas fait le bon choix infligent à leur peuple les conséquences de leurs lubies. En général, on la présente en insistant sur l'indécrottable tribalisme du vote africain, ça met toujours à la confiscation du pouvoir une apparence sérieus et moralisante tout à fait bienvenue.

 

Une troisième possibilité, plus traditionnelle, consiste à faire appel à la magie pour gagner les élections. Vous vous souvenez de ces petites annonces : nominations, élections, avoir un blanc ou une Blanche ? On utilise des procédés efficaces et plus respectueux de la culture locale que la démocratie. A chaque période électorale, les Gabonais s’inquiètent ainsi de ces pratiques. Elles donnent en effet lieu à des enlèvements et à des sacrifices rituels : il faut surveiller les enfants, ne pas les laisser seuls.

 

Un exemple sinistrissime nous en est donné dans un autre article de l’Union, en date du Lundi 20 Septembre. Plus encore qu’avec l’histoire de la maison hantée, on s’enfonce dans une qualité d’horreur très typée Afrique centrale.

 

Donc, ça se passe à Lambaréné, non loin de Libreville. Un petit garçon d'une dizaine d'années y avait été enlevé.On l'a retrouvé, mort, au bord d'un ruisseau ; son corps avait été étrangement mutilé. On lui a arraché le nez, la bouche, le coeur et le sexe. 

 

Il s’agit, dit le journaliste de l’Union, Jonas Moulenda, d’un sacrifice rituel. Des Gabonais avec lesquels j’ai parlé de cet événement m’ont expliqué que les organes prélevés étaient ensuite mangés pour s’approprier l’esprit et la puissance vierge de l’enfant. Une photo trouble montre « le petit Maël », la tête légèrement inclinée sur l’épaule. Il aura connu une mort atroce, note le journaliste.

 

 « Ce jour-là, se souvient-on, il est onze heures lorsque le papy de Maël lui remet la somme de 250 francs (dans les trente centimes d’euro) pour aller acheter deux baguettes de pain. Audrey et Chris Will, les cadets du petit, sont , en effet, tenaillés par la faim et dorment à même le sol. Le petit quitte la maison et s’élance vers la route. 

Lorsqu’il arrive chez le boutiquier du quartier, la femme de ce dernier lui fait comprendre qu’il n’y a plus de pain et qu’elle attend la prochaine livraison. Désappointé, le gamin rebrousse chemin. Mais il ne regagnera pas le domicile familial car il tombera dans un guet-apens… » Il paraît que les enquêteurs de la Police soupçonnent plus ou moins le grand’père de l’enfant de complicité.

 

D’autres cas similaires sont signalés par l’article de l’Union. Des Gabonais m’ont dit que, dans un cas similaire, une petite fille avait été vendue par un de ses parents pour être sacrifiée 80 000 Fcfa, soit dans les 120 euros. En général, les commanditaires ne sont pas retrouvés. On incrimine de « grands types », des gens haut placés et intouchables. Une caricature de Lybek parue dans l’Union, quelques jours plus tard, montre des gendarmes en train d’interroger un homme accusé d’avoir été trouvé en possession d’ une glacière « pleine de cotis » (morceaux de viande de porc découpés pour faire des grillades). Un coup de téléphone interrompt l’interrogatoire, et l’officier revient, la mine sombre, annoncer au détenu qu’il est libre car aucunes charges ne pèsent contre lui. Celui-ci sort, un sourire satanique à la bouche.

 

L'article de l'Union est publié dans la rubrique "culture et société" : en d'autres termes, sorcellerie et magie noire font partie de la culture locale. De ce point de vue, Lambaréné apparaît comme une sorte de centre magnétique, peut-être du fait de sa proximité avec Libreville, le centre d'une chose qui n'a pas de nom, plus tout à fait humaine, comme dirait Lovecraft.

 

 

 

Par ben - Publié dans : sorcellerie
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