Effervescence politique.

Publié le par ben

Effervescence politique en Afrique francophone. Il y avait déja eu les élections en Guinée, mais là, c'est plus fort. Tout le monde, à Libreville, dans les taxis, les boutiques, la rue, parle des élections en Côte d'Ivoire. Depuis hier soir, la tension et le suspense ont pris une tournure presque pénible. On attendait la proclamation des résultats par la comission électorale indépendante depuis dimanche soir. Celle-ci avait jusqu'à mercredi pour les publier. Mercredi matin, en allant au travailen taxi, j'entends à la radio (RFI) que le président de la CEI a été empêché, physiquement, de proclamer les résultats : d'autres membres de la comission lui ont arrché les feuilles des mains. toute la journée de mercredi, avec les collègues, on s'interroge : "alors, y a du nouveau ? Y z'ont donné les résultats ?" Jeudi soir, rentré à la maison, j'entends, toujours à la radio, que le président de la CEI, réfugié dans un hôtel d'Abidjan protégé par l'ONU,  a annoncé la victoire de Ouattara (54% des voix contre 45 à Gbagbo, le président sortant). Dans la rue, en bas de chez nous, pourtant très calme, une rumeur monte, les gardiens commentent bruyamment l'annonce.

 

Il faut dire que Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, faisait attendre depuis 5 ans les élections censées mettre fin aux tensions ayant suivi la guerre civile entre 2OO2 et 2OO5. Gbagbo, chrétien et issu de la partie sud de la cote d'Ivoire, était opposé à Alassane Ouattara, musulman et issu du Nord. Pour beaucoup d'Africains de l'Ouest, nos gardiens, chauffeurs de taxi, jardiniers, qu'ils soient Guinéens, Burkinabés ou Ivoiriens, Ouattara est leur candidat. Par opposition, Gbagbo, l'ami des éléphants du parti socialiste français, les vieux mitterrandiens comme Jack Lang, c'est l'homme qui confisque le pouvoir depuis 10 ans, l'homme qui, après avoir été un opposant indépendantiste, s'est installé au pouvoir sans vouloir rien lâcher, vautré dans la corruption et, qui plus est, suprême humiliation, soumis à ses femmes, Simone en particulier, qui le domine et est soupçonnée d'avoir commandité des meurtres à l'époque de la guerre commis par les "escadrons de la mort".

 

Ouattara, lui, est un ancien fonctionnaire du FMI, présenté comme libéral. Son programme politique peut paraître plus ou moins séduisant. Le FMI et ses fameux "ajustement structurels" est responsable d'une partie importante de la misére des peuples d'Afrique, notamment en conditionnant les prêts et la suspension des dettes des Etats d'Afrique a la réduction des dépenses publiques (ruine des systèmes d'éducation, de santé et des infrastructures) et à l'ouverture, notamment dans l'agriculture, à la concurrence mondiale (ruine des agricultures vivrières locales, chute des cours)sans apporter plus de travail, il y a toujours autant de chômeurs.

 

Néanmoins,  ce qui parait tellement enthousiasmant, c'est plutôt la possibilité d'une alternance politique. Il ne semble plus possible, en Afrique de l'Ouest, de confisquer le pouvoir pendant des décennies avec la même indécence outrageante, avec la même grossièreté, le même cynisme. Personnellement, j'ai l'impression que, quelles que soient les manoeuvres du Conseil constitutionnel ivoirien, qui va essayer de suspendre la légitimité des résultats annoncés par la CEI, de toutes façons, Gbagbo est foutu. Avec lui, c'est une manière de gouverner, comme un "villageois", un  petit chef corrompu et népotiste, qui est devenue ouvertement insupportable. Dans ces conditions, que l'armée ivoirienne ait fermé les frontières, que la diffusion des medias internationaux ait été suspendue en Côte d'Ivoire, ne change rien à l'essentiel.

 

Enfin, c'est Susan Rice, au nom de l'ONU mais aussi des Etats-Unis, et non la France, complètement décrédibilisée depuis des années an Afrique francophone, qui a menacé de sanctions quiconque essaierait d'entraver le processus démocratique -"en particulier le travail de la CEI" : donc, la diplomatie américaine a pris position contre Gbagbo et ses fidèles de la Cour constitutionnelle. S'il ne tenait qu'à la France, Gbagbo aurait gagné les élections, comme d'habitude.

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Guillaume 03/12/2010 12:16



Merci Ben pour cet éclairage. C'est bien plus compréhensible quand tu expliques que quand on lit Le Monde. Tu nous rassures à propos de l'avenir du continent, au fond, car on craignait déjà le
pire lors des élections de Libreville, et apparemment, le calme est revenu très rapidement. Si l'alternance est possible dans la douceur en Côte d'Ivoire, ça ne règlera pas beaucoup de problèmes
sociaux, mais ce sera un progrès important sur le long terme.


La religion tient-elle un rôle important dans cette affaire ? Les Ouest Af te disent qu'ils supportent Ouattara parce qu'ils sont musulmans aussi, ou pour des raisons de gouvernance et
d'économie ? Ou les deux ?