Lundi 12 septembre 2011 1 12 /09 /Sep /2011 17:00

Bonjour,

 

Ben part au Tchad.

Jacques s'installe en France. 

J'espère qu'on aura le lien vers un nouveau blog au Tchad pour relater impressions et aventures.

Bonne chance et courage là bas de tout coeur de la part des petits et moi qui restont au Gabon, en choeur avec l'ensemble des amis d'ici.

"Que le vent vous porte et dieu vous garde"

 

Je reprends doucement la main sur Equateur, pour ne pas laisser tomber les lecteurs,

avec l'article d'un ami qui m'a fait pleurer à chaudes larmes, il s'appelle "Le Naufrage".

 

Saturnin Mpali, l'auteur et protagoniste des lignes qui vont suivre a, le premier, en 2008, traversé l'estuaire ( Pointe Denis-LBV-Méridien) à la nage, réalisant ainsi un exploit attendu mais très peu médiatisé.

C'était un beau défi, préparé et nous les amis étions alors très fiers de lui.

Je me dis que peut être ça lui a permis de s'en sortir dans l'exploit qui a suivi, et va vous être conté, exploit pas attendu pas préparé, mais bien plus grand encore, vraiment incroyable, miraculeux.

Pendant qu'on se tape les super markets et la pluie en France l'été, d'autres font les marioles en pleine mer au large de LBV, testant leurs limites, prouvant leur héroisme.

Des baleines, ils n'en ont point vu, mais certainement appris autre chose.

Le Gabon a l'air cool, mais il peut toujours vous y arriver quelque chose et ça devient tout de suite très intense..

Ca vaudrait une page dans le Monde ou Libé, mais ça sera dans Equateur.

Faute de grives....

 

Bravo Sat

et bises à tous,

Love

Agathe

gombe

Le naufrage

 

Voici notre histoire !

C’est l’histoire d’un naufrage en pleine mer comme il y en a tant, mais celle là c’est la nôtre.

Jeudi 28 juillet 2011, Laurent ROUSTOUIL, sa fiancée Caroline COUDY, mes enfants Adam (9ans), Aya (7ans) et moi embarquons à Michelle Marine, dans un bateau piloté par Eric, aux environs de 9h. Au programme, passer la journée sur la plage du phare de Gombé et aller voir les baleines passer au large des côtes.

Arrivé à Gombé (10h), on décharge le bateau, on s’installe sur la plage et on casse la croûte. Puis à nous les vagues pour un peu de « morey » avec les enfants qui s’éclatent dans les vagues. Moi je ne tiens pas longtemps car l’eau est trop froide (il faut dire que je suis un grand frileux). Puis on décide de grimper en haut de la colline et d’aller visiter le phare et ce qui reste du restaurant de Moustache. Au sommet la vue est magnifique, le site est splendide, dommage qu’il soit à l’abandon. L’aménagement est bien pensé, tout est en harmonie avec la nature. On redescend sur la plage et les enfants repartent à l’eau pour une nouvelle série de waves avec Laurent. Caroline s’installe et bouquine, Eric se balade sur la plage et moi je pique une sieste, l’eau est trop froide à mon goût.

A 15h, c’est le départ pour voir les baleines, direction le large. Après 20 minutes de navigation, on croise une tortue, des poissons volants, les enfants sont tout excités, il faut dire qu’ils sont amateurs de reportages animaliers sur la chaîne Planète. Mais la mer est très agitée et le fait de monter puis de descendre commence à donner le mal de mer à ma fille, Aya qui ne se sent pas bien. A 15h45 on décide de faire demi-tour, mais quelque chose cloche, les moteurs n’arrivent pas à accélérer et ils ont la moitié de leur coque dans l’eau. Instinctivement Laurent ouvre la cale du bateau et il découvre avec stupeur qu’elle est pleine d’eau. Un cri strident sort du fond de sa gorge, il me regarde et me sort « on prend l’eau, téléphone ».

Je ne réalise pas l’urgence de la situation, et calmement je prends mon téléphone dans mon sac en pensant qu’on a 15 à 20 minutes avant de couler complètement. Ce qui me donnait le temps d’appeler Najet, mon épouse, pour la prévenir et lui donner notre position. Il faut dire que c’est mon premier naufrage. Je prends donc mon téléphone, l’allume et je vois 3 appels en absence de Najet, mais je n’ai pas le temps de lancer l’appel, le bateau coule en moins de 10 secondes.

        J’entends la voix de Laurent au loin « On saute », Aya est assise à côté de moi, à ma droite, elle me fixe sans dire un mot, tandis que l’eau monte progressivement. Non seulement le bateau coule vers l’arrière, mais il est en train de se retourner, et si on ne réagit pas rapidement on va se retrouver assommés et bloqué dessous.

 Je la saisis par le bras, la jète dans l’eau et la suis aussi tôt, mais quelque chose me cogne sous le pied, ça fait mal, mais je n’y prête pas attention. Quand je ressors la tête de l’eau, Aya est près de moi, elle fait du rétropédalage pour se maintenir à la surface ainsi qu’Adam (comme quoi les cours de natation ont porté leurs fruits). Je scrute autour de moi, Laurent est là, Caroline et Eric, le temps d’une seconde, on se regarde dans les yeux et la première réflexion que l’on a tous est « heureusement que Najet et Aaron (mon bébé de 2ans) ne sont pas avec nous comme cela aurait dû être ». Le bateau crache tout ce qui flotte, planches de morey, glacière et gilets. Laurent récupère les planches et Caroline les gilets, on installe les enfants sur les planches et à ce moment je réalise qu’Aya est totalement tétanisée par la peur, elle monte sur la planche, le regard fixé sur la côte et le corps raide comme un bout de bois, ou plutôt, de fer. Adam, lui, monte sur sa planche, il se retourne, regarde le bateau ou plutôt la pointe du bateau qui reste à la surface pour quelques secondes avant de disparaître définitivement. Quand Adam se retourne de nouveau vers moi, il regarde par dessus mon épaule pour tâcher de percevoir la côte, et là je vois son visage, d’abord ses sourcils qui se froncent avec un regard interrogatoire. Très vite je comprends qu’il est en train d’analyser la situation et la conclusion de son analyse s’inscrit sur son visage comme des mots sur une page blanche. Son visage se transforme progressivement, la terreur et la panique apparaissent. Laurent et moi on réagit aussitôt, « Calme toi Adam, regarde : Aya est calme sur sa planche, toi aussi tu as une planche, ne t’inquiète pas, ça va aller, d’accord ? » « Oui » qu’il nous répond.

La côte est à peu près à 6 km. On comprend tous que ça va être difficile, mais on n’en parle pas pour ne pas paniquer et faire paniquer les enfants. Bon, on s’organise, Adam et Aya sont calmes sur leur planche avec des gilets, ainsi qu’Eric, Laurent va pousser Adam, Caroline la glacière (tout ce qui flotte peut être utile) Eric rame sur sa planche et moi je vais pousser Aya. Une douleur me lance sous le pied gauche, c’est vrai que je me suis cogné contre l’encre en sautant du bateau, je regarde et la je vois du sang, une entaille sous le pied et merde (quand on sait qu’un requin peut sentir une goutte de sang à plus de 2 km à la ronde) il vaut mieux ne rien dire aux autres on a tous assez de stress à gérer comme ça, pas la peine d’en rajouter.

On nage depuis 10 minutes et là miracle, un bateau arrive. Il vient de derrière Gombé et va vers la pointe-Denis, on agite nos gilet, on souffle dans nos sifflets, on crie, ça y est il nous a vu, non, si, il nous a vu…. Non, il continue sa route et nous on reprend notre souffle, cette agitation « inutile » n’a fait que nous épuiser. Ce que je craignais le plus commence à se produire, je les sens arriver comme de petites décharges électriques, d’abord dans les mollets et très rapidement dans les jambes. Laurent le remarque et me lance :

 « Sat tu as froid ?»

 « Oui, mais ça va aller Laurent ne t’inquiète pas ». Puis c’est au tour d’Aya de me dire tout en restant fixé sur la côte :

 « Papa, j’ai froid », je lui frotte le dos et les jambes en lui répondant :

 « Moi aussi pu puce moi aussi, mais ça va aller ma puce »

« Papa je veux voir maman »

« Tu la verras ce soir pu puce, à la maison »

« Mais la plage est loin papa, elle est trop loin »

« Ne t’inquiète pas, on va nager et on va y arriver d’accord ? »

« Oui papa »

« C’est bien ma puce, reste sur ta planche et tout va bien se passer ».

Tiens un autre bateau qui passe, il remorque un bac à sable ou du gravier, il va doucement, avec un peu de chance il nous verra, nouvelle agitation de cris et de coups de sifflets, je propose à Laurent si l’un de nous va assez vite il pourra se rapprocher suffisamment près pour être vu et peut être…Mais très vite Caroline nous demande de renoncer à cette idée, trop risqué, et elle a raison. Nous voilà donc reparti, mais pas pour longtemps, des cris venant de derrière nous, c’est Eric le pilote du bateau, il est loin, 200 à 250m derrière et merde il ne sait pas nager.

Sur sa planche et avec ses gilets il ramait sans montrer de signes de panique, et on n’avait pas réalisé qu’il ne suivait pas notre rythme. Laurent et moi on se regarde, il pousse déjà Adam, je regarde Caroline qui se tient à la glacière, et je me rapproche d’elle :

« Je ne vous demande qu’une chose, ramenez-moi les enfants sur la plage »

« Et toi ? »

« Ne t’inquiète pas ça va aller, ne vous retournez pas, amenez-moi les enfants sur la plage »

« D’accord ».

Caroline, la pauvre, 2 jours avant elle s’est foulé la cheville droite et hier la cheville gauche en jouant au bowling, et maintenant elle doit nager plus de 6km tout en poussant un enfant sur une planche avec deux entorses. Mais ils gardent leur sang-froid et se fixent un rythme de nage et un objectif, « arriver avec les enfants sur la plage avant la tombée de la nuit ». Je les regarde s’éloigner, Adam qui se retourne, il me demande en criant ou je vais, mais je ne peux pas lui répondre de peur de craquer, Laurent va le lui dire.

Laurent ROUSTOUIL , mon meilleur ami, on était au lycée Léon MBA ensemble, il est parti du Gabon il y a 20 ans. 17 ans plus tard on se retrouve sur Paris (été 2008) je lui présente mon épouse Najet et mes deux enfants Adam et Aya, et on passe deux jours à se remémorer nos souvenirs de lycéen. Et 3 ans plus tard il revient au bercail.

            Je les regarde s’éloigner, je me retourne et crie « j’arrive Eric ». Je nage vers lui calmement, quand j’arrive à son niveau, je ne vois presque plus les autres, si vite, ils ont disparu si vite. La mer est vraiment agitée et il fait de plus en plus froid. Eric, un bon bonhomme de 85 kg, sur une planche de morey pour enfant de 5 ans, il ne sait pas nager mais il reste calme, c’est déjà un problème en moins. Je lui demande comment il va, tout en gardant mes distances (les personnes qui ne savent pas nager, on pour premier réflexe de sauter sur la tête de leur secouriste), il me répond calmement :

« Ça va, grand Sat. Mais tes enfants ? Tu les as laissés ? »

« Oui. Ils sont avec Laurent et Caroline, ne t’inquiète pas ils sont entre de bonnes mains. »

Les réponses d’Eric sont calmes et il montre de l’inquiétude pour mes enfants, donc il n’y à pas de danger, je peux me rapprocher de lui sans crainte. Je prend le gilet qui est rattaché à la planche de morey, l’enfile autour du coup (pas pratique du tout ces gilets bavoirs) puis je lui demande de rester sur la planche et de ne pas la lâcher et je commence à nager en le tirant derrière moi. Mais à peine ai je fais 20 ou 30 m que je décide de retirer le gilet, il m’étrangle et me cisaille les aisselles. Le prendre sur moi et nager en rétro pédalage c’est pratique en piscine ou quand on doit traîner une personne sur 100 m mais là on a quoi 5 ou 6 km à faire ? En rétro pédalage on y sera encore demain matin, si on ne meurt pas de froid avant. De plus il ne tient pas sur sa planche elle est trop petite et il n’arrive pas à se stabiliser dessus. Je prends une décision qui peu nous coûter cher, mais je prends le risque.

« Eric ! Débarrasse-toi de cette planche, enfile le gilet et attrape mes chevilles. Le gilet t’empêchera d’avoir la tête dans l’eau mais il ne faudra pas bouger. Je veux que tu t’allonges au maximum sur l’eau»

Il s’exécute, et je commence à nager en crawl uniquement avec mes bras, tout en me persuadant qu’Eric n’est que le prolongement de mon corps, que s’il reste bien allonger sur l’eau avec le gilet, nous ne ferons plus qu’un. On nage ainsi combien de temps ? Je ne sais pas, mais tout d’un coup je ressens encore cette décharge électrique qui arrive, elle est différente, elle est violente, tout mon corps encaisse le choc. Je me recroqueville comme un fœtus et mon corps se met à trembler, des crampes, j’ai des crampes partout, de la nuque aux orteils, mes doigts sont bloqués semi ouvert semi fermé. Je prends instinctivement une grande inspiration tout en espérant que je tienne mon souffle suffisamment longtemps, le temps que ça passe, mais je coule.

Je coule, comme un caillou, cette fois c’est la fin je coule… Non pas encore, quelque chose m’attrape par le t-shirt, m’empêche de descendre, me hisse vers le haut. Eric, c’est Eric qui me remonte à la surface :

« Reste avec moi grand Sat »

« Des crampes Eric j’ai des crampes »

« Où ? »

« Partout, je ne supporte pas le froid, depuis qu’on est dans l’eau, mes muscles n’arrêtent pas de trembler pour me produire de la chaleur, mais là ils n’en peuvent plus, trop froid »

Eric me prend dans ses bras, me frotte contre lui, me frictionne les jambes le dos les bras tout en répétant la même phrase :

« Ça va aller grand Sat, ça va aller »

« Eric, tu n’as pas froid ? »

« Non »

« Comment tu fais ? »

« Le froid ne me dérange pas »

« Ha ! Tu as bien de la chance »

Je regarde la côte, on est loin encore trop loin. Mon Dieu faites que les enfants soient arrivés, faites qu’ils puissent atteindre la plage s’il vous plait.

Un bateau derrière nous, Eric crie, siffle agite le gilet :

« Laisse Eric il est trop loin, tu te fatigues pour rien, aller on repart, attrape mes chevilles »

On a continué ainsi un bon bout de temps, je le tirais, je coulais, il me remontait, il me frictionnait contre lui et on repartait. Parfois les méduses entraient dans notre danse, mais j’avais tellement froid que je ne ressentais pas leur brûlure, juste leurs filaments sur mes bras que j’enlevais tout en nageant.

La nuit commence à tomber, il doit donc être 18 h 30 ou 19 h, le palais du Roi du Maroc s’allume, des projecteurs au loin.

« Eric ! Ils ont allumé le palais du Roi, les enfants sont arrivés sur la plage, c’est bon, les secours vont bientôt arriver »

5 minutes passe, 10 puis 15 minutes rien, pas de bateaux venant dans notre direction et une phrase traverse mon esprit : « Sat tu n’es pas dans les experts à Miami, il n’y aura pas d’hélico, pas de bateau, pas de brigade nautique…, on est au Gabon, pays sous développé ou en voie de développement. Tu dois compter sur toi et rien que sur toi, alors ne pense pas aux secours et nage Sat, c’est ce que tu fais le mieux, alors nage »

Laurent, Caroline et les enfants, sont-ils arrivés ? Je n’en sais rien, les lumières sur la plage, c’est un palais, c’est normal qu’il l’allume la nuit.

            Laurent et Caroline ont gardé un bon rythme, le soleil se couche et ils sont proches de la plage, ils crient à en perdre la voix. Les gardiens du palais du Roi du Maroc les entendent ahuris, ils les regardent et ne comprennent pas :

« Mais…mais vous sortez d’où ? »

« Il faut nous aider, le bateau a coulé, mais il reste encore deux personnes dans l’eau »

« Vous avez coulé quand ? Où ? »

« A 16 h, à peu près à 6km d’ici »

Le gardien regarde sa montre qui affiche 19h30 et hurle :

« Quoi ! À 16h ! Mais c’est pas possible »

Caroline réagit rapidement :

« Il me faut un feu, allumez un feu, les enfants sont épuisés »

Elle est médecin (pédiatre). Adam ça va, la combinaison l’a bien protégé du froid, mais Aya sans combinaison, la pauvre, elle est en hypothermie. Caroline met tous ses sentiments de côté et agit en médecin, elle réanime Aya, met les enfants près du feu et les alimente avec les restes qui se trouvent dans la glacière, jus d’orange, coca et autre. Laurent de son côté demande aux gardiens si ils ont un bateau ou une embarcation pour aller nous chercher :

« Non, on n’a rien. Mais les deux qui sont dans l’eau, ce sont des blancs ou des noirs ? »

« Pourquoi cette question ? Quel importance cela a-t-il ? »

« Si ce sont des noirs c’est plus la peine, ils sont déjà mort »

Caroline n’en croit pas ses oreilles, elle se redresse et leur jette à la figure :

« Blanc ou noir on s’en fout, le père de ces deux enfants est resté la-bas pour secourir le pilote du bateau qui ne sais pas nager, dites-nous où on peut trouver un bateau et un téléphone. »

Un des gardiens a un téléphone avec des unités, et Adam qui connaît le numéro de sa mère le donne à Laurent.

« Allô ! Najet ! C’est Laurent, on a eu un problème en mer, le bateau a coulé à 6 km de la côte vers 16h, on vient d’arriver sur la plage, les enfants vont bien ne t’inquiète pas »

« Et Sat ? »

« Il est resté pour aider Eric qui ne sait pas nager »

« Ho mon Dieu ! »

« Ne t’inquiète pas Najet, tu le connais, c’est un bon nageur, il va s’en sortir »

« Tu les vois ? »

« Non…. il fait nuit on ne voit pas grand-chose, mais les projecteurs sont allumés »

« Les projecteurs ? Vous êtes où ? »

« Sur la plage du palais du Roi du Maroc »

« Bon je vais voir qui je peux joindre pour que l’on vienne vous chercher »

Najet, est seule à la maison avec Aaron (notre petit dernier de 2 ans), il lui faudra 5 à 6 minutes pour se calmer et rassembler ses idées. Elle appelle d’abord monsieur Sonnet ( propriétaire de la Maringa sur la pointe), mais ce dernier n’est pas sur la Pointe, il est à Libreville ( de l’autre côté de l’Estuaire). Il lui demande de se calmer, de lui donner tous les détails, puis Sonnet réussit à contacter Arnaud Essongué. Ce dernier fait revenir un de ses bateau sur Michel Marine, fait le plein d’essence et démarre de Libreville, il est 21h30.

De sont côté, Najet réussit à joindre ma petite sœur Aurèle et son copain Eric Baudenon (à ne pas confondre avec Eric le pilote du bateau), elle leur explique en panique la situation, ces derniers prennent aussitôt un taxi pour la maison. Toute la journée, Aaron à été sage comme une image, mais depuis que Najet à reçu le coup de fil de Laurent, il est devenu infernal :

« Maman ! Veut Aya ! Veut Adam ! Veut papa ! »

Il n’arrête pas de pleurer, on dit que parfois les enfants ressentent des choses que les adultes ne perçoivent pas. Ne tenant pas en place, elle appelle toutes les 5 minutes Laurent et Caroline pour avoir des nouvelles, mais rien. Ils tentent de la résonner et de lui faire comprendre que ce n’est pas en appelant toutes les 5 minutes que cela nous fera arriver plus vite. Laurent est parti en courant jusqu’à la baie des tortues pour chercher de l’aide, mais rien, ils n’ont pas de bateaux. Tous les bateaux sont sur Libreville. Sauf un petit zodiac sans moteur, avec juste des rames, non trop risqué, trop de courant et la mer est trop agitée, pas la peine d’augmenter le nombre de personnes à secourir. Il faut attendre, espérer et calmer les enfants qui commencent à s’impatienter :

« Tonton ! Tata ! Où est papa ? Pourquoi il ne vient pas ? »

« Il va arriver les enfants il va arriver »

            La nuit vient de tomber, et cette lumière au loin est notre seul repère, tout le reste autour de nous est sombre, les courants sont de plus en plus fort, Eric me parle, je m’arrête de nager pour comprendre ce qu’il me dit :

« Grand Sat ! La marée vient de changer, elle descend »

« Oui je m’en suis rendu compte, mais c’est bon ou pas bon ? »

« C’est pas bon, elle va nous amener vers l’extérieur, nous tirer vers l’océan »

Voilà autre chose, avec la tombée de la nuit et le courant qui vient de changer, on se retrouve avec deux nouveaux problèmes. A ce moment là j’ai une monté d’adrénaline (causée par la peur), à chaque geste que je fais dans l’eau des bulles d’air scintillent tout autour de nous, c’est pas bon, pas bon du tout, c’est le genre truc qui attire les gros poissons ça ; il faut que j’arrête de penser à ça, ne pas y penser et nager. Mais mes forces m’abandonnent, je coule à pic de plus en plus souvent. Eric l’a compris, il veut me soulager :

« Grand Sat ! On est encore loin ? »

« Je ne sais pas, 3,5 ou 4km à peut près, pourquoi ? »

« Si on nage on peut y arriver ? »

« Heu… Oui »

Je ne comprends pas sa question, nager c’est ce qu’on fait depuis 16h et maintenant il doit être 19 h ou 19 h 30. Et je le vois enlever son gilet et le balancer.

« Eric non ! Ne fait pas ça, garde le »

« Tu es fatigué, je vais nager à coté de toi, ça va te soulager un peu »

Il nage en crawl et moi en brasse pour rester à ses côtés. Mais Eric ne sais pas nager, c’était un crawl désordonné rapide et bruyant, et 10 m plus loin, la catastrophe. Il coule et je le rattrape, comme il n’a plus de gilet, il monte sur ma tête, je coule, il me rattrape et vis versa. Je réussi enfin à lui dire de se calmer et de se mettre sur le dos ; il sait faire la planche ouf.

On reprend notre souffle, et il comprend que ce n’était pas une bonne idée, mais bon n’y pensons plus. Il attrape mes chevilles, on repart, comme tout à l’heure, c’est long, c’est pénible, mais ça fonctionne. Enfin façon de parler, comme il n’a plus de gilet pour le maintenir à la surface, je ressens maintenant tout le poids de son corps, mes bras et mes épaules en prennent un coup. On continue ainsi une bonne heure, dans le noir total, avec toujours cette lumière au loin qui ne semble pas se rapprocher de nous, et ces crampes qui me font perdre pieds. Dès que l’on arrive sur la plage, je vais aller prendre une douche bien chaude, bouillante même, dans le palais du Roi. Ce fut ma dernière pensée avant de sombrer dans le noir, sans prévenir, comme si on venait d’appuyer sur un interrupteur.

            Evanouie, je me suis évanoui, combien de temps ? Je sais pas mais pas bien longtemps (2, 3 ou 4 secondes), si c’était plus je me serais noyé. Je me suis réveillé sous l’eau en me disant « Eric qu’est ce que tu fait ? Pourquoi tu ne me remontes pas ? », je pense que l’absence du bras d’Eric qui me remonte à chaque fois, a fait réagir mon subconscient et c’est ça qui ma réveillé.

Je remonte à la surface, mais Eric n’est pas là. Merde, merde et merde, je crie :

« Eric ! Eric ! » Pas de réponse.

« Eric ! Eric ! »

« Grand Sat ! Grand Sat »

Ouf ! Il est là, je me calme :

« Eric ça va »

« Oui »

« Ok, nage vers les lumières, tu m’entends, nage vers les lumières calmement Eric, calmement, si tu es fatigué, mets-toi sur le dos d’accord ?»

« Ok »

Pendant 10 à 15minutes, on se parle sans se voir, mais on se parle pour se rassurer l’un l’autre. Puis viens le moment ou le courant et les vagues nous éloignent trop l’un de l’autre pour s’entendre. Il m’appelle de toutes ses forces pas de réponse. Il rassemble ses dernières énergie et nage vers les lumières, grand Sat me « dit de nager calmement et si je suis fatigué je me mets sur le dos ». Pour Eric, le froid et l’épuisement avaient eu raison de moi, il était seul, il devait donc se débrouiller tout seul. La plage est là, elle n’est plus très loin, faire comme il a dit, calmement.

Je suis fatigué, j’ai froid, je cherche Eric depuis 10 minutes je crie mais pas de réponse, j’ai perdu Eric, je suis allé le chercher et je n’ai pas pu le ramener, je l’ai perdu, il est mort. Plus la force de me battre. Je me mets sur le dos et me maintiens en faisant de petits cercles avec mes mains sur le côté. Je regarde les étoiles. Elles sont si lointaines, et leur lumière met si long temps à nous atteindre. Tous ce que nous voyons des étoiles sont de vieilles photos. Comme moi maintenant, c’est fini….

Najet, je suis désolé, j’ai fait tout ce que j’ai pu, mais je suis épuisé ma puce épuisé…

Adam et Aya ! Mon Dieu, s’il vous plait faites qu’ils soient arrivés sur la plage, faites qu’ils soient arrivés. Je me retourne  vers le projecteur de la plage, je vois cette lumière. Est-ce que les enfants sont arrivés ? Est-ce que Laurent et Caroline ont réussi à amener les enfants sur la plage ? Sat ! Si tu veux une réponse à ta question, il va falloir que tu nages. Nage vers cette lumière, nage vers la plage et tu auras ta réponse. Allez Sat encore un effort la côte est là, tu y es presque, oublie le froid oublie les crampes et va, va voir si tes enfants y sont.

            J’ai nagé, encore et encore, le sable je vois le sable sous le projecteur, je ne suis plus très loin, je crie aussi fort que je peux, personne ne répond, je nage encore, encore et encore je nage. Je crie, des voix, ils me répondent, je nage, je crie, ils répondent, plus je me rapproche plus les voix sont distinctes. J’entends Adam qui hurle au loin :

« Nage papa, nage vers les lumières »

Il répète cette phrase en boucle, sans s’arrêter. Merci mon Dieu ils sont vivants, merci…

Je vois Laurent qui se précipite en courant sur le sable il rentre dans l’eau, vient vers moi, il m’attrape, j’ai à peine la force de marcher, je suis comme une loque, une serpillière pleine d’eau, épuisé, il est 22h.

 Adam et Aya arrive en courant, je tombe à genoux devant eux et je les serre dans mes bras, mes enfants, monté d’adrénaline puis j’éclate en sanglot, je regarde Laurent et je lui demande :

« Eric est là ? On a été séparé par le courant et les vagues »

 « Non, Sat, il n’est pas encore là »

Caroline me déshabille, me sèche m’enroule dans une couverture et m’allonge près du feu, je tremble comme une feuille, elle me frictionne, me donne du jus d’orange et me fait manger une banane qu’elle a réchauffé sur le feu. Laurent appelle Najet pour la rassurer, puis il me la passe, elle me parle mais je ne comprend pas trop ce qu’elle me dit, je lui réponds, mais elle non plus ne comprend rien à ce que je lui dit. Puis j’entends Caroline lui dire :

« Najet ! Sat est en état de choc, il n’arrive pas à bien parler, mais il va bien. Malheureusement on n’a pas de nouvelles d’Eric, on te rappelle tout à l’heure »

Aux environs de 22 h 30 Arnaud Essongué arrive tant bien que mal avec son bateau, il ne peut pas accoster, la mer est trop agitée. Laurent monte sur le bateau et ils vont à la recherche d’Eric. Ils tournent pendant une vingtaine de minute mais sans succès. Un des gardiens du palais décide de faire une ronde sur la plage. Et là, pour notre plus grand bonheur, il revient avec une personne qu’il soutient en criant :

« Il est là, il est vivant »

De concert on souffle tous « merci mon Dieu, merci »

Je me lève pour aller à sa rencontre, en entendant ma voix, il me lance :

« Grand Sat ! Tu es vivant, merci mon Dieu »

On se prend dans les bras et de concert on éclate en sanglot. Je lui demande si ça va, il me répond :

« Non ! Je ne vois pas bien »

Le temps passé dans l’eau de mer lui avait brûlé les yeux. Caroline l’examine, c’est superficiel ouf, puis elle téléphone à Arnaud et lui annonce la bonne nouvelle.

Eric avait échoué sur la plage depuis 15 minutes entre le palais et la baie des tortues dans une zone sombre où personne ne pouvait le voir, et à bout de force il n’a pas pu crier ni marcher vers nous. Il est resté là allongé sur le sable.

Ils font demi-tour et reviennent sur la côte pour nous récupérer, mais la mer est trop agitée on ne peut pas monter. Arnaud nous demande alors de marcher vers la baie des tortues où c’est plus calme. On s’exécute pour être enfin dans le bateau, direction Libreville, il est 23h.

             Arrivés à Libreville, j’aperçois Najet et Eric Baudenon sur le quai, ils sont là, ils nous attendent avec des habits chauds et des boissons chaudes. Najet craque, elle éclate en sanglot en nous voyant descendre un à un du bateau. Je la prends dans mes bras elle me demande :

« Ça va BB ? »

« Ça va ma puce, ça va, le cauchemar est fini ». Il est 00h10.

 

 

Voici notre histoire !

C’est l’histoire d’un naufrage en pleine mer comme il y en a tant, mais celle là c’est la nôtre.

Par Agathe - Publié dans : aventures
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