Equateur noir
Voyage au coeur de l'Afrique
Au Congo aussi, l'Histoire est en marche. Des élections présidentielles sont prévues pour le 12 Juillet. Les Congolais ont le choix, - si elles se tiennent -, entre le président en
titre, Denis Sassou Nguesso, qui vient d'anoncer sa candidature, et une coalition d'opposants, regroupés dans le "Front de l'opposition". Ces élections posent un probléme assez classique.
Faut-il participer à des élections dont tout indique qu'elles seront truquées ? Le Front de l'Opposition semble disposé à les boycotter ; un autre parti d'opposition, l'UPADS, héritier de
Lissouba, l'ancien dictateur renversé par Sassou, se présente.
Une commission électorale indépendante, la CONEL, aurait du être mise en place depuis belle lurette. A ce jour, elle reste inféodée au ministère de l'Intérieur. D'après un journal d'opposition,
La Rue meurt, no 660 du 4 juin 2009, il y aurait au Congo 500 000 electeurs en trop sur les listes électorales. Et devinez pour qui ces fantômes vont voter ?
Dans ces conditions, comme souvent en Afrique centrale, les résultats sont plus révèlateurs du degré de mégalomanie du dictateur en place que de la volonté du peuple. La
question n'est que de savoir si le dictateur se donne carrément un résultat du genre 99,8 % des suffrages exprimés, ou si on reste modeste, avec un petit 65 %, par exemple. Souvent, l'expérience
montre que, contre toute attente, on a des scores complètement baroques : 99, 99 %, c'est un résultat qui plaît beaucoup. Ce qui montre bien que les élections ont une fonction symbolique
assez exotique, pas du tout celle qui consisterait à choisir quelqu'un à la majorité des voix : le chef est désigné par la puissance qu'il s'accorde à lui-même, finalement. La démocratie est
une sorte de légitimation de la puissance par la démonstration de sa propre force.
Ca vous paraît archaïque et un peu tribal, je vous connais, et vous vous dites : au fond, ces gens-là ne sont pas prêts pour la démocratie, il maquillent juste un système où le chef, c'est
celui qui est le plus fort, par un maquillage démocratique. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. En réalité, c'est souvent l'administration coloniale qui a créé la fonction "chef" dans les tribus
d'Afrique centrale pour avoir des interlocuteurs stables. Le Chef traditionnel n'y était en réalité qu'une sorte de sage sans pouvoir réel, et pas très sérieux, rien de
comparable avec le pouvoir de nuisance d'un dictateur moderne. La corruption des systèmes politiques en Afrique centrale, ce qu'on appelle la "postcolonie", à la suite de Mbembe, paraît donc
plutôt comme la décomposition du système colonial, centralisateur et inadapté, mais maintenu artificiellement, et nullement comme un retour en arrière vers la sauvagerie
pré-coloniale.
Dans sa visite récente en Afrique centrale, Sarkozy a voulu rencontrer l'opposition à Brazzaville. Cela paraissait louable : donnons la parole à l'opposition, reconnaissons le multipartisme,
développons la participation de la société civile ... Il a ainsi conseillé à l'opposition de ne pas pratiquer la "politique de la chaise vide", qui consiste à boycotter les élections, pour
donnert sa chance à la démocratie. Mais, en même temps, participer à des élections truquées, c'est accepter d'avance un résultat probablement humiliant, qui déconsidère l'opposant
tout en légitimant l'élection. Combien de partis d'opposition ont ainsi pu résister à une claque électorale cuisante ? Les oppositions sont inexistantes, entend-on partout.
"Nicolas Sarkozy, "ami de Sassou", rappelle le journaliste Guy Milex Mbondzi, ( "L'échec prévisible du Front de l'Opposition", La Rue meurt, même numéro), "n'a-t-il pas tendu
un piège à l'Opposition, qui en participant à ses échéances traficotées, les crédibiliseront et maintiendront Sassou N'Guesso au pouvoir pour les intérêts personnels de la France ? Les
Congolais ont encore à l'esprit les mots de Nicolas Sarkozy qui disaient que "la France travaillera avec le président que les Congolais éliront" Cela incluerait-il la manière légale ou
frauduleuse à laquelle ce dernier sera élu ?
"Ce qui est sûr, c'est que la France s'en fou", (sic) continue journaliste avec superbe. "Le jargon politique de la chaise vide qui ne paye pas, fortement prisé par les adeptes de la
politique du ventre ou alimentaire, est la preuve du manque de sérieux de nos politiciens dans la gestion de l'appareil d'Etat. Entre nous soit dit : que nous a déja apporté la politique de
la chaise pleine au Congo ? "
On a donc le choix entre la "chaise vide", qui condamne les opposants à rester dans la marginalité et les rend inaudibles, et la "chaise pleine", motivée par "politique du ventre", qui permet de
manger mais décrédibilise toute velléité d'action politique. C'est pas simple. "De toutes façons, moi, je voterai pas", me dit un gardien. En attendant, le Congo va mal.
Derniers Commentaires