Samedi 27 juin 2009 6 27 06 2009 15:00

Au Congo aussi, l'Histoire est en marche. Des élections présidentielles sont prévues pour le 12 Juillet. Les Congolais ont le choix, - si elles se tiennent -, entre le président en titre, Denis Sassou Nguesso, qui vient d'anoncer sa candidature, et une coalition d'opposants, regroupés dans le "Front de l'opposition".  Ces élections posent un probléme assez classique. Faut-il participer à des élections dont tout indique qu'elles seront truquées ? Le Front de l'Opposition semble disposé à les boycotter ; un autre parti d'opposition, l'UPADS, héritier de Lissouba, l'ancien dictateur renversé par Sassou, se présente.

Une commission électorale indépendante, la CONEL, aurait du être mise en place depuis belle lurette. A ce jour, elle reste inféodée au ministère de l'Intérieur. D'après un journal d'opposition, La Rue meurt, no 660 du 4 juin 2009, il y aurait au Congo 500 000 electeurs en trop sur les listes électorales. Et devinez pour qui ces fantômes vont voter ?

Dans ces conditions, comme souvent en Afrique centrale, les résultats sont plus révèlateurs du degré de mégalomanie du dictateur en place que de la volonté du peuple.  La question n'est que de savoir si le dictateur se donne carrément un résultat du genre 99,8 % des suffrages exprimés, ou si on reste modeste, avec un petit 65 %, par exemple. Souvent, l'expérience montre que, contre toute attente, on a des scores complètement baroques : 99, 99 %, c'est un résultat qui plaît beaucoup. Ce qui montre bien que les élections ont une fonction symbolique assez exotique, pas du tout celle qui consisterait à choisir quelqu'un à la majorité des voix : le chef est désigné par la puissance qu'il s'accorde à lui-même, finalement. La démocratie est une sorte de légitimation de la puissance par la démonstration de sa propre force.

Ca vous paraît archaïque et un peu tribal, je vous connais, et vous vous dites : au fond, ces gens-là ne sont pas prêts pour la démocratie, il maquillent juste un système où le chef, c'est celui qui est le plus fort, par un maquillage démocratique. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. En réalité, c'est souvent l'administration coloniale qui a créé la fonction "chef" dans les tribus d'Afrique centrale pour avoir des interlocuteurs stables. Le Chef traditionnel n'y était en réalité qu'une sorte de sage sans pouvoir réel, et  pas très sérieux, rien de comparable avec le pouvoir de nuisance d'un dictateur moderne. La corruption des systèmes politiques en Afrique centrale, ce qu'on appelle la "postcolonie", à la suite de Mbembe, paraît donc plutôt comme la décomposition du système colonial, centralisateur et inadapté, mais maintenu artificiellement, et nullement comme un retour en arrière vers la sauvagerie pré-coloniale.  

Dans sa visite récente en Afrique centrale, Sarkozy a voulu rencontrer l'opposition à Brazzaville. Cela paraissait louable : donnons la parole à l'opposition, reconnaissons le multipartisme, développons la participation de la société civile ... Il a ainsi conseillé à l'opposition de ne pas pratiquer la "politique de la chaise vide", qui consiste à boycotter les élections, pour donnert sa chance à la démocratie. Mais, en même temps, participer à des élections truquées, c'est accepter d'avance un résultat probablement humiliant, qui déconsidère l'opposant tout en légitimant l'élection. Combien de partis d'opposition ont ainsi pu résister à une claque électorale cuisante ? Les oppositions sont inexistantes, entend-on partout.

"Nicolas Sarkozy, "ami de Sassou", rappelle le journaliste Guy Milex Mbondzi, ( "L'échec prévisible du Front de l'Opposition", La Rue meurt, même numéro), "n'a-t-il pas tendu un piège à l'Opposition, qui en participant à ses échéances traficotées, les crédibiliseront et maintiendront Sassou N'Guesso au pouvoir pour les intérêts personnels de la France ? Les Congolais ont encore à l'esprit les mots de Nicolas Sarkozy qui disaient que "la France travaillera avec le président que les Congolais éliront" Cela incluerait-il la manière légale ou frauduleuse à laquelle ce dernier sera élu ?

"Ce qui est sûr, c'est que la France s'en fou", (sic) continue journaliste avec superbe.  "Le jargon politique de la chaise vide qui ne paye pas, fortement prisé par les adeptes de la politique du ventre ou alimentaire, est la preuve du manque de sérieux de nos politiciens dans la gestion de l'appareil d'Etat. Entre nous soit dit : que nous a déja apporté la politique de la chaise pleine au Congo ? "

On a donc le choix entre la "chaise vide", qui condamne les opposants à rester dans la marginalité et les rend inaudibles, et la "chaise pleine", motivée par "politique du ventre", qui permet de manger mais décrédibilise toute velléité d'action politique. C'est pas simple. "De toutes façons, moi, je voterai pas", me dit un gardien. En attendant, le Congo va mal.

 

Par ben - Publié dans : actualité
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Commentaires

Tiken Jah Fakoly, notre maître à tous, incarne une sorte de contradiction africaine qu'on trouve chez les meilleurs, entre d'un côté la vulgate anti-néo-colonialiste, qui fustige la "françafrique", autant comme prédation style Total que comme assistanat non-gouvernemental ("quand tu vois un Blanc dans ton quartier, il est pas là pour rien"), et la conscience du gâchis que les Africains s'imposent partout à eux-même, et dont ils sont largement responsables, ce que Mbembe appelle postcolonie : la corruption ou "politique du ventre", la confiscation du pouvoir par les vieillards ("quitte le pouvoir")...  

Avec deux perspectives aussi désespèrantes l'une que l'autre pour un chanteur "engagé" : la récupèration par un parti politique quelconque ( politique de la "chaise pleine") ou le retrait et la critique impuissante (politique de la "chaise vide")  
Commentaire n°1 posté par ben le 01/07/2009 à 09h46
vu d'ici, c'est à dire de derrière mon bureau, je ne peux pas juger de l'effet que peuvent avoir les textes incantatoires de tiken jah fakoly sur place. il chante réveillez-vous, il chante les généraux assassins, on en a veux plus, il chante ils ont inventé la mondialisation, il dit babylone, et derrière la notion de babylone, on peut trouver beaucoup de chose, dont entre autre l'occident corrompu, mais dans ses interviews, il fustige le réflexe d'assistance, critique les dirigeants qui attisent la haine entre les groupes ethniques, il va jusqu'à critiquer le grand fela, un autre idole de l'afrique, quand celui-ci crée un parti politique.
mauvais procès ?
si ses textes aboutissent à ce que les africains disent aux blancs, animés des meilleures intentions ou non, vous n'avez rien à faire chez nous, je pense qu'il fallait y penser avant.
putain que je suis fort quand je veux
Commentaire n°2 posté par pascal le 30/06/2009 à 18h46

J'étais sûr que c'était Tiken Jah Fakoly. Et effectivement, je pensais à lui dans ma conclusion. Mais qui sont ces "ils" qui  veulent foutre le bordel chez nous ? Les Français ? Les pourris qui "mangent"? Les Africains ? Il y en a qui disent que Tiken Jah Fakoly est un peu manichéen, qu'il entretient une sorte de racisme anti-blanc, qu'il faut arrêter de toujours rejeter la faute sur les Français ... le problème, en effet, c'est pas la colonisation, c'est bien la "postcolonie"

Commentaire n°3 posté par ben le 29/06/2009 à 22h33
Merci pour cet eclairage geopolitique. C'est vrai que c'est pas facile. Et ca donne envie d'en savoir plus sur les pays colonises par d'autres pays, pour comparer les manieres de vivre la postcolonie.
Commentaire n°4 posté par Guillaume le 28/06/2009 à 15h04
Le pays est dans la confusion
Ils veulent foutre le bordel chez nous
Que tous ceux qui veulent la perte de notre patrie
Soient chatiés par Dieu
La confusion règne
C'est le sauve-qui-peut général

je mets cette traduction sans garantir qu'elle soit rigoureuse. c'est celle que l'on retrouve partout sur le net.
le texte est le dernier couplet de la chanson de tiken jah fakoly, le pays va mal. à priori, c'est écrit en malinké, mais là encore je n'affirme rien. c'est la langue maternelle de tiken jah, un ivorien du nord ouest, d'après ce que je sais, le malinké est la langue parlée dans cette partie de l'afrique, proche de la frontière malienne.
quand benoit termine par le congo va mal, immédiatement je pense à tiken jah. les chansons de tiken jah semblent être connues de toute l'afrique, d'après mes deux sources, manue tanguay et l'afrique enchantée, au moins de l'afrique francophone. tiken jah est un héros. tiken jah chante quitte le pouvoir au sénégal et se fait virer. tiken jah est interdit de séjour en cote d'ivoire, autrement il meurt.
Commentaire n°5 posté par pascal le 28/06/2009 à 11h47
Traduction ?
Commentaire n°6 posté par ben le 28/06/2009 à 09h55
Djamana gnagamou'na
Obafé kan'gnan djamana gnagamou he
Djamana gnagami'na lou ho
Obafé kan'gnan djamana gnagamou
Magô mi ba'fé kagnan djamana gnagamou
Allah ma'ho kili tchi'la
Djamana gnagamou'la lou ho
Djamana gnagamou'la
Commentaire n°7 posté par pascal le 28/06/2009 à 09h16
 
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