Equateur noir
Voyage au coeur de l'Afrique
C'est pas pour me vanter, mais nous vivons des journées historiques.
D'abord, samedi, il y a eu la victoire des Panthères du Gabon contre les Eperviers du Togo dans le dernier tour de qualifications pour la CAN : 3-0 pour les Gabonais, liesse et délire à
Libreville.
Le dimanche soir, il y a eu la première annonce de la mort de Son Excellence El Hadj Omar Bongo Ondimba, on reçoit la nouvelle par des amis haut placé : des télés internationales ont
annoncé le décès. Au Gabon, rien ne filtre, interrnet ne marche plus. Le lendemain matin, le porte-parole du Gouvernement fait un démenti indigné : le Président est effectivement en soins mais il
va très bien, cette annonce des médias français est scandaleuse, on est écoeurés de voir une telle indécence.
Entre parenthèses, moi, j'ai entendu une notice sur la BBC lundi matin, eux étaient bien plus durs que RFI qui reste toujours très prudente et consensuelle.
A 14h 30, un message écrit du gouvernement fait finalement acte de la mort du Président. Le soir, c'est son fils, Ali Ben, qui fait un grand discours à la nation gabonaise, retransmis sur les
télés publiques. Tout le monde doit rester calme et uni dans l'affliction, bien entendu. Seul problème : c'est pas Ali Ben, ministre de l'Intérieur et de la Défense, qui devrait s'exprimer
officiellement, mais Rose Rogombé, la Présidente du Sénat, à qui l'intérim de la présidence doit revenir, d'après la Constitution. C'est seulement le lendemain, la vacance du pouvoir ayant
été officiellement reconnue par la Cour Constitutionnelle, que Rose prend ses fonctions. A partir de là, tout le monde se réjouit de voir que le Gabon suit la procèdure
constitutionnelle.
D'après cette procèdure, des élections doivent être organisées dans les 45 jours. Le délai paraît rapide, et on voit mal qui pourrait concurrencer le clan Ali Ben qui représente les
"réformateurs" du parti. La plupart des Gabonais que je connais, ceux qui font partie des "élites" du pays, voient d'un assez bon oeil sa candidature : il passe pour rigoureux, énergique, et veut
mettre les Gabonais au travail. Malheureusement, il paraît que majoritairement, les Gabonais ne partagent pas cette opinion : d'abord, il serait un fils adoptif de Bongo, d'origine nigeriane, et
les Gabonais peuvent-ils accepter d'être gouvernés par un demi-étranger ? Ensuite, les successions dynastiques, ça lasse. Il y a eu les Kabila en RDC, les Gnassimbé au Togo, il y a les
Wade au Sénégal et les Sarkozy en France. Ca commence à bien faire.
A partir de là, des questions apparaissent. Qui pourrait rivaliser avec Ali Ben Bongo ?
Plusieurs réponses apparaissent : Le clan Pascaline Bongo, celui de la fille du Président, qui fut sa directrice de cabinet, représente plus ou moins les anciens du Parti. Il propose Paul
Toungui, époux de Pascaline, on ne sort pas de la famille et du népotisme. Et Toungui est moins connu qu'Ali Ben, il n'est pas très visible. Il y aurait peut-être Jean Ping, qui se trouve
actuellement à l'Union Africaine, mais il paraît éloigné de la course au pouvoir.
Les opposants historiques ont tous été récupèrés par Bongo, qui les a intègrés au gouvernement pour qu'ils y trouvent à manger en abondance, comme on dit ici. C'est la "politique du
ventre". Il y a ainsi à la Culture, si mes souvenirs sont exacts, un opposant qui, je crois, aurait gagné des élections dans les années 90 si on avait ouvert les urnes pour compter les
bulletins, mais heureusement, grâce à l'appui actif de la France, grande protectrice des droits de l'Homme, ce genre de perte de temps a été évité à la démocratie gabonaise. Des soldats
français ont même dû intervenir à Port Gentil pour éviter une résistance de l'opposition à l'introduction du multipartisme par le chef du Parti unique. On peut penser ainsi que,
si tout va bien, le peuple gabonais aura bientôt l'occasion d'exprimer unanimement ses suffrages au candidat de la démocratie gabonaise.
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