Equateur noir
Voyage au coeur de l'Afrique
Les Fang traînent derrière eux une réputation de guerriers impitoyables, "mangeurs d'homme": les autres tribus du Gabon ont été chassées de leurs territoires par ces envahisseurs barbares
venus des forêts du Nord du Gabon et du Sud du Cameroun. Il semble en fait que les Fang aient eux-même fui devant l'invasion des Betsi, venus eux du Nord du Cameroun, appartenant à un même
groupe ethnique qu'eux, celui des Pangwe, que les Occidentaux ont déformé en "Pahouin". Ce sont les Betsi qui auraient été les vrais barbares, et les Fang se voyaient eux-même comme
victimes de ces cousins Pangwe envahissants. Les Fang ont migré dans un premier temps vers le Sud, et ils ont ainsi atteint l'Ogôoué, puis vers l'Ouest et la côte, attirés par
l'arrivée des Blancs qu'ils voyaient comme le retour de leurs Ancêtres.
Ces peuples nomades vouaient en effet une sorte de culte à leurs ancêtres dont ils transportaient avec eux, dans leurs migrations, les ossements dans des reliquaires, composés d'une
sorte de panier surmonté d'une sculpture.
Ces reliquaires ont donné lieu à toute une statuaire très caractéristique. D'après les critiques actuelles, le chef d'oeuvre en est le reliquaire ci-dessous, appelé la "Vénus Pahouine". Par son
abdomen légèrement protubérant, son nombril qui ressort, la tête plus grosse que le corps, on trouve des caractères enfantins, qui la rapprochent du monde des ancêtres : l'enfant n'est-il
pas plus près de l'état d'avant la vie, qui précèdait sa naissance, là où se trouvent les ancêtres ? En même temps, elle représente un idéal de beauté féminine, une sorte de plénitude
sensuelle et androgyne, dont témoignent la puissance des arrondis, la vitalité à fleur de peau. Son visage est méditatif, recueilli, inconscient de sa séduction, l'esprit est
concentré et irradie le corps.
"Sur le visage de de ces sculptures hiératiques, se mêlent des espaces de plènitude", le front largement bombé, la ligne des joues, "et des espaces d'intensité" : la ligne des joues conduit à la
bouche et au menton, et projette le centre du visage vers la bouche et l'avant du menton. ( Christiane Falgeyrettes-Largeau, "pour un autre regard sur l'art fang", in Fang,
catalogue du musée Dapper, 1991) La forme est donc stylisée, subordonnée à l'expression d'une concentration de la force vers l'avant du menton, dans les lèvres serrées.
Cette stylisation du visage paraît typiquement fang. On la retrouve sur les masques ngil, ou sur cet autre reliquaire :
Elle exprime sans doute quelque chose comme une manière fang d'être dans son visage. Concentrez donc votre esprit sur la surface bombée de votre front, puis faites-le glisser, en suivant l'arc de
vos joues, vers les lèvres, bouche serrée, et le menton, avancé vers l'avant.
Votre visage devient ainsi une sorte de figure de proue, moins destinée à fendre un environnement hostile, qu'à recueillir l'intensité de votre pensée, à la loger dans la peau, les muscles
et les os là où vous êtes le plus au contact du monde.
Vous pouvez ainsi entrer dans une manière pahouine d'être au monde, concentrée à la surface, une projection de l'intériorité de votre être vers la pointe de son rapport au
monde.
Vous partagez ainsi quelque chose d'essentiel avec ces terribles guerriers Pahouins, les envahisseurs mangeurs d'homme.
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