Mardi 30 décembre 2008

Nous revenons d'une petite expédition camping de deux jours à la pointe Denis, située en face de Libreville, au sud, à la sortie de l'estuaire. A cet endroit, sur la plage qui fait face à l'Atlantique, viennent pondre chaque année entre décembre et février des centaines de tortues marines en voie de disparition. Les sacs poubelles et la raréfaction des nutriments les tuent tandis que les lumières de la ville, les billes de bois échouées sur le sable, les quads et les flashs des appareils,  les désorientent et les gênent dans leur ponte.
Quoiqu'il en soit,  c'est au Gabon qu’elles sont les mieux visibles et particulièrement à la pointe Denis. Sable fin et palmiers attirent aussi beaucoup les touristes qui ne viennent pas pondre mais se faire dorer au soleil, dans le but peut-être d'une éventuelle reproduction ultérieure à Libreville dont les préliminaires se feront immanquablement en boîte de nuit, mais c'est une autre histoire.
Nous, Fabienne et Jean-Yves, leurs filles Astrid et Angèle et vos serviteurs les Carrot Jr, avons donc décidé de partir à la pointe pour deux jours afin de passer la nuit sur place et d'apercevoir une tortue. Nous nous sommes installés avec nos tentes dans le petit parc et les locaux d'une ONG qui s'occupe de les protéger et de les étudier, de les faire connaître. L'ambiance était très fraternelle, le confort sommaire, et nous avons vraiment vécu à l'africaine pendant deux jours, nous lavant avec l'eau du puits et dînant à la lampe à pétrole.  Il y avait aussi des élèves du lycée qui campaient là et avant de partir marcher le soir, nous avons fait ensemble un quizz musical  autour du feu de camps produit par leurs soins, c'était très chouette.  Ben a pu montrer à ses élèves qu'il ne connaissait pas que les auteurs classiques de la philosophie. Nous sommes partis à  21 h 00, avec une guide bénévole française travaillant dans l'asso. Il a fallu réveiller Guillaume et Gaspard qui s'étaient endormis. Au travers de la brousse nous avons pris le petit chemin qui mène à la mer et longé cette dernière dans l'espoir de voir une tortue en sortir. Mais Thiphaine m'a expliqué que parfois une seule par nuit était visible pour deux ou trois rondes . Gaspard pleurait de fatigue et de peur ;  un crabe, " un cactus de mer", nous a t-il dit,  l'ayant pincé dans l'après-midi,  sa crainte était que cela recommence. Il s'en fiche des tortues. il n'y croit plus et n'aspire qu'à retrouver son médiéval doudou, qui continue soit dit en passant à faire triper tout ceux qui le voient. J'ai donc décidé à sa demande insistante de rebrousser chemin, après une heure de marche infructueuse, me disant que je repartirais avec une autre ronde. En fait de rentrer nous coucher plus vite, nous n'avons pas réussi à retrouver le chemin du campement et nous sommes perdus dans la brousse tout les deux, avec pour seuls guides, les lumières du village relativement éloigné et ma lampe frontale. En colère contre mon incompétence en orientation, j'ai fait la morale abondamment à Gaspard pendant notre égarement, lui expliquant que c'était une bonne leçon et  qu'il valait mieux en Afrique, dans la nuit, prendre patience et suivre le groupe que de se perdre péniblement dans la brousse tout seul. Il était d'accord. Arrivés au campement (au bout de longtemps, on s'est même perdus dans le village et heureusement que des gars qui picolaient sur leur terrasse nous ont aidés), je lui ai dit que ce n'était pas de sa faute et que je m'étais emporté par peur. Lui m'a dit alors " Tu sais Maman, tu ne le savais pas mais pendant tout ce temps, je priais".  Bisous, bisous, et au lit les aventuriers. Au bout d'un moment je commence à m'endormir, bercée par le bruit des vagues puissantes et lointaines qui me font oublier que je n'ai pas de sang froid. Et alors, les autres arrivent après s'être un peu perdus aussi ( mais ensemble c'est jamais tout à fait aussi flippant) : ils n'ont vu aucune tortue, sont déçus et fatigués.  On se couche, on se rendort  et à 3 h 00 du mat, branle-bas de combat. Un des types de l'asso arrive en courant pour nous signaler qu'une tortue est en train de pondre à 300 mètres de là. Course effrénée dans la nuit avec Ben et  Fabienne vers la page à travers le sable et les herbes sèches, en direction de la lumière qui clignote pour nous guider dans la nuit. En moins de dix minutes, nous y sommes et par chance, la tortue s'y trouve encore. Désorientée par les lumières proches de Libreville (magnifique Libreville la nuit, vue de la pointe Denis), elle a opéré un grand tour sur la plage au lieu de repartir vers le large immédiatement après la ponte.  Nous admirons donc ravis, bien que déçus pour les autres et surtout pour Jacques que je n'ai pas réussi à réveiller, l'apparition brève de ce géant maritime venu pondre sur la plage qui l'a vu naître. Les jeunes présents la bombardent de photos, ce qui nous écœure, ne désirant alors que savourer ce pur instant de poésie.
Bon, cela dit, grâce à eux, vous aurez bientôt sur ce blog la photo de ladite tortue.
Cette année elles sont "timides" et il est difficile d'en voir; il s'agit probablement  de ce qui est désigné comme "une année perdue" pour beaucoup d'individus de l'espèce, c'est -à-dire une de celles durant laquelle les petits grandissent, se cachent et ne se reproduisent pas.
Nous sommes revenus un peu fatigués de cette expédition mais pas trop ( la journée à la plage, lecture et baignade, c’est de l’essence de vacances), et surtout très bronzés. Un réveillon bronzé, ça ne vous rappelle rien ?
 Vos vacances aux skis, jambe cassée, omelette norvégienne et fondue bien arrosée ?
Bon, pour nous ce sera sympa aussi je crois, chez les amis de la famille Bossé-Ekondo. On vous racontera. En tout cas, pas de neige, toujours l’été éternel.
Bises, Agathe

Par Agathe - Publié dans : Gabon
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