Equateur noir
Voyage au coeur de l'Afrique
Parmi les problèmes personnels que je rencontre en ce moment, il en est un
dont j'aimerais parler tant sa gravité m’obsède : je n'arrive plus à faire la sieste. Levée à 6 h 00, parfois 7 h 00 les jours fastes, je me couche après midi
bien déterminée à trouver dans mon lit un peu de sommeil. Mais les bras de Morphée se refuse à m'étreindre et après une heure d'errance rêveuse à demi éveillée, je me décide à abandonner l'idée
d'une réparation. Insomniaque de la sieste, voilà où j'en suis. Il est triste de se voir défaillir à ce point.
Voilà pourquoi, enfin, après plusieurs semaines d'occupations incessantes bien qu'incertainement efficaces, je trouve le temps d'écrire. Ecrire plutôt que dormir, c'est bien là que réside le
point névralgique de nombreuses plumes, bien plus déterminées que moi.
Bon. Nous avons enfin pu être en vacances et quitter Libreville : un ami fraichement rencontré m'a proposé lors d'une soirée un peu arrosée de nous prêter sa maison à la Lopé, dans le parc
naturel de la province de l'Ogoué-Invindo. C'est à quelques 400 kilomètres de Libreville, bref à côté. Oui mais voilà, imaginez-vous faire 200 kilomètres uniquement sur un chemin de latérite
caillouteux et bourré de trous énormes à contourner, et vous comprendrez pourquoi il faut en fait 9 h 00 de route pour se rendre dans cet endroit merveilleux, d'autant plus merveilleux qu'il est
difficilement accessible et donc rare.
Nous sommes partis avec plusieurs amis et leurs enfants ( 7 enfants et 7 adultes)
et trois voitures qui ont permis une sage et facilitante répartition des enfants. Certains campaient sur le toit aménagé de leur voiture. Après 9 ou 10 heures d'une piste aventureuse, une
halte sympathique sous la pluie équatoriale, une autre aux abords d'un grand fleuve, l'Ogoué, nous sommes arrivés exténués, à la tombée de la nuit, à la l'entrée du parc de la Lopé où
nous avons été accueilli par le garde qui nous en a refusé l'accès, vu qu'il n'était pas prévenu par notre ami et qu'il lui fallait une lettre d'invitation que nous n'avions pas. Après deux coups
de téléphone, une visite à un autre garde ( Gaspard, notre sauveur !) des palabres, nous avons ouf enfin pu accéder à la maison, isolée au milieu du parc, entre montagnes, savane et blocs
forestiers. Un coin de paradis pour nous qui avons du mal à nous faire à la ville où nous avons eu vraiment enfin la sensation d'être en Afrique. Annie-Flore, la ménagère africaine très gentille
et très cool (elle nous avait laissé sa vaisselle et sa gazinière à laver ne nous attendant plus), nous a montré comment fonctionnait le groupe électrogène, un gros mastard de
moteur impossible à mettre en route seul ( la question étant pour nous : comment fait Michaël tout seul ?!!) mais vaillant et bienfaisant une fois allumé. Une fois le groupe
éteint, avant d'aller nous coucher, nous achevions nos soirées à la chandelle, comme dans les époques anciennes, cet élément ajoutant encore une touche romantique à notre
expédition.
J'ai adoré passer là ces quelques jours, isolés dans la brousse avec le soir le bruit des éléphants, les étoiles de l'hémisphère Sud en cadeau, les odeurs de la terre et de l'herbe, le
silence harmonieusement bruité d'une nature luxuriante et protégée.
Au crépuscule, pendant les préparatifs du repas pour 15, j'allais me promener une fois près de la rivière en contrebas de la maison. Il faut suivre la piste coupée par la
débroussailleuse du jardinier, passer devant un ruisseau qui borde de très gros rochers noirs, émergeants du sol d'herbes jaunies, et sur lesquels on peut, grands et petits enfants grimper pour
dominer le monde alentour de la voie, du regard et du sentiment ; ensuite, on continue dans la prairie verte parsemée d'arbustes inconnus, comme toutes les plantes d'ici, et on accède en passant
dans un fin rideau d'arbres dense à la petite rivière délicieuse à la couleur laiteuse.
Ici je méditais un long moment, avec la sensation de retrouver quelqu'un depuis longtemps jamais vu : la nature et aussi, moi même. Contemplative, je m'endormais presque en pensant à
tous les animaux, éléphants, singes et buffles de passage souvent dans cet endroit, leur appartenant plus qu'à moi et qu'il m'était offert d'apprécier pour un petit moment magique.
Au programme de nos journées, il y eu : randonnée de 6 heures sur les crêtes du mont Brazza -moi qui me croyait en pleine possession de mes jambes et de mon souffle, j'ai pu constater
mes limites dans les montées avec la chaleur africaine ! Safaris à la recherche d'éléphants en 4*4 dans la savane ( nous avons pu en voir trois), balade dans la forêt à la recherche d'invisibles
mais néanmoins dangereux gorilles, accueil fastueux dans un village ultra simple avec buffet local délicieux, danse des femmes du village au son des tams-tams des jeunes garçons.
Enfin expédition vers le confluent des deux fleuves l'Ogoué et l'Ofoué où les plus intrépides d'entre nous se baignèrent dans le courant avec les enfants du coin, qui non, n'allaient
pas à l'école, la rentrée n'ayant pas encore eu lieu. (j'ai pu constater qu'aucun n'enfant rencontré dans ce périple n'était à l'école au moment de notre passage, tandis que la rentrée avait eu
lieu depuis trois semaines à LBV).
Tout était beau et dépaysant, avec un paysage ressemblant étonnamment à l’Auvergne, l’Auvergne avec un climat et un biotope équatoriaux…
L'ambiance de la maison avec les amis et les enfants étaient très sympa, on apprend beaucoup des autres dans des moments de vie collective comme ceux là, c'est passionnant. L'envie de rentrer n'y était pas, mais pourtant, il le fallait...
Retour (très long et fatiguant) à Libreville pour un concert africain du fameux Pierre Akendengué, en pleine forme, avec des musiciens, chanteuses, danseurs talentueux et pour clore la soirée, une petite poire belle-Hélène à l’Aquarhum, un bar branché du bord de mer.
par Agathe
Quelques photos à présent :
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