Jeudi 23 octobre 2008

Les portes de l'enfer


Le dimanche, on peut prendre le 4X4, et  aller au Cap Estérias. Là-bas, face au golfe de Guinée, la face tournée vers le Nord, on voit, sur la droite, la mangrove, des arbres qui s'avancent dans la mer grise comme s'ils voulaient aller s'agenouiller face au ciel gris et vide ; mais ils ne font que tomber et pourrir dans l'eau saumâtre.

De l'autre côté du Golfe, derrière l'horizon gris, il y a, en face de nous, à quelques centaines de kilomètres, une fenêtre ouverte sur l'enfer : ça s'appelle le Delta du Niger. Le Delta est situé dans une région dont le nom ne nous est pas inconnu : c'est le Biafra. Dans la fin des années 60, une guerre terrible avait opposé les sécessionnistes biafrais, chrétiens et animistes, soutenus par la France qui espèrait avancer ses pions dans une zône pétrolière ; et le gouvernement central d'Abuja, soutenu par l'Angleterre qui protègeait son pré carré 
 colonial. Pendant trois mois, le Biafra était devenu une sorte de souricière dont les habitants étaient pris entre les bombardements de l'armée régulière et les partisans soutenus par des mercenaires français. Bilan : trois cent mille morts, des millons de réfugiés. C'est un cas typique de conflit post-colonial : des ex-puissances coloniales s'affrontent par guerre civile interposée ; ethnicisation du conflit, enjeu pétrolier, massacres massifs. Un certain Bernard Kouchner avait à l'époque, inventé le concept de "droit d'ingérence". La France envoyait depuis Libreville des avions chargés de nourriture pour les Biafrais ; l'un d'eux fut abattu en plein vol par l'armée nigerianne, il paraît qu'il contenait aussi des armes. La guerre est termineé depuis longtemps, mais il reste un mouvement indépendantiste armé, qui se livre à des actes de piraterie ou de gangsterisme dans le Golfe de Guinée, jusqu'au Cameroun voisin. Des banques sont braquées dans les villes côtières, des bateaux de commerce ou de pêche se font dépouiller. 




                                  


    Ces pirates revendiquent, idée saugrenue, un partage plus équitable de la rente pétrolière. Ils ne respectent rien.   

          


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     Dans le Delta du Niger, il y a en effet beaucoup de pétrole, exploité par British Petroleum. Les berges du Niger sont entièrement polluées de résidus, l'eau est devenue tellement sale qu'il n'y a plus de poisson. Inutile de dire que la rente pétrolière ne profite aucunement au peuple du Delta : des photos montrent Port Harcourt comme une énorme décharge à ciel ouvert dans laquelle sont construites des cabanes. Les habitants utilisent les fuites des pipe-lines pour cuisiner et traffiquer le pétrole qu'ils récupèrent. Ils vivent dans un décor d'incendie permanent sur fond de  misère crasse. 

      Voilà le vrai visage de la "postcolonie".  Il n'est plus question de jouer un jeu paternaliste, ou de faire semblant d'être en Afrique pour "coopérer" aveec un gouvernement "fétiche", comme font les Français au Gabon, où l'on sauve les apparences : en un sens c'est beaucoup plus franc. La postcolonie montre ici son visage à nu: la prédation aveugle, dans un pays exsangue. Dans Jeune Afrique, un expatrié britannique raconte comment les blancs qui travaillent pour BP se déplacent en convois escortés par des gardes privés, prenant les autoroutes à contre-sens, vivant reclus dans des concessions ultra-sécurisées. Les Blancs ne se comportent pas très bien, avouait l'expat.





                             



      Il y a un an à peu près, des gens ont percé un pipe-line pour en revendre le contenu. Le Pipe-line a explosé en plein quartier d'habitation. Plusieurs centaines de Nigerians ont brûlé vif.
                                     


                             


Par ben - Publié dans : actualité
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