Samedi 4 octobre 2008

1- Dégradation des conditions de paiement des factures d'eau.

Aujourd'hui, je suis allé régler ma facture, et, comme il était prévisible, cela a pris une ampleur remarquable. L'agence la plus proche de notre domicile étant en panne d'électricité, j'ai dû me rendre en Centre-ville. Deux heures d'attente pour atteindre le guichet. Derrière moi, un monsieur d'une soixantaine d'années, portant un T-shirt vantant les mérites d'une administration gabonaise. Il m'interpelle : "C'est comme ça, en France ? " Je me retourne, un peu surpris. "Bonjour. C'est comme ça, en France, il faut attendre deux heures pour payer ses factures ?" Je balbutie un truc pour éviter d'avoir l'air de trop en dire. "Non, en principe, non, euh... Mais enfin, ici, au moins, vous avez de l'eau. C'est pas le cas dans toutes les capitales du coin, paraît-il. A Kinshasa, par exemple..." Le type me répond : "On devrait imiter la France. C'était pas comme ça quand les Français dirigeaient le pays. Et je suis Gabonais. J'ai connu ça, quand le Gabon était dans la France. Les Français nous volaient, mais ça ne se voyait pas." Je suis un peu gêné d'apprendre que les Français volaient le Gabon.

 L'homme est de petite taille, il est assez digne dans son t-shirt fatigué, de nombreux jeunes en costume élégant viennent le saluer avec ce qui me semble être un certain respect. Son visage est sympathique, mais la ligne de sa lèvre inférieure, un peu proéminente, exprime une sorte d'aigreur. Il contemple la masse de ses frères noirs venus payer leur consommation d'eau, et qui attendent sur deux files, aux deux guichets ouverts sur les sept que compte l'agence.

Moi, je me sens assez bien, dans ma file. Il y a, devant moi, une sorte de rasta man, espèce rare ici. Ses cheveux frisés, mi-longs, dépassent de sa casquette. Plus loin, des femmes en boubou et turban, un enfant sur la hanche. Leur port est extraordinaire, on dirait qu'un fil invisible tire leur colonne vertébrale vers le ciel. Je trouve ma file sympathique. Pas un seul blanc.

"Les Français nous volaient, mais ça ne se voyait pas. On ne faisait pas la queue pour payer les factures..." Il claque la langue avec une moue réprobatrice, comme le font tous les Gabonais, même quand ils n'ont aucun motif de réprobation isolable, pour marquer une indignation préventive ou générale, en quelque sorte. Ce n'est pas de la révolte, ce n'est pas non plus de la résignation. C'est une sorte d'aigreur qui fatigue et qui démoralise.

Par Ben - Publié dans : philosophie africaine
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