Equateur noir
Voyage au coeur de l'Afrique
Il est 5 heures 30, « Hé, Ben, tu dors, demande Agathe. Tu crois pas qu’on aurait dû prendre un frigo neuf, au lieu d’un d’occase, si ça se trouve y va pas marcher, ici, les frigos, c’est hyper-important, on pourrait pas… » L’important, en Afrique, c’est de se lever tôt : « le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », comme dit ma mère, si on se lève trop tard, on commence à transpirer avant même d’être sorti de son lit ; bon, une heure plus tard, je me lève donc, je prends ma douche, un peu crevé quand même.
A 7 heures, le garagiste que nous avions appelé la veille en constatant que la bagnole ne démarrait plus, ce jeune mec arrive, habillé tout en blanc, avec des bijoux autour du cou, on dirait un peu un maquereau mais il a une bonne tête. Il regarde sous le capot, tapote un truc avec une clé de 12, je m’installe au volant, et vroum, le moteur démarre au quart de tour. Un peu vexé ( le gardien de l’immeuble, un Sénégalais que j’admire beaucoup et à qui nous avions expliqué notre problème, s’est approché et je crois voir de l’ironie dans son sourire ), un peu vexé, j’explique que c’est pas normal, un coup ça démarre un coup ça démarre pas, le jeune mécano ressort sa clé de 12 d’un sac plastique qu’il transportait avec lui, traffique un peu dans le truc, « ça, ça doit être le démarreur, il faudrait regarder le démarreur, mais ça, je peux pas voir, il faut aller au garage pour démonter . » « Comment vous êtes venu, en Taxi ? » « Oui oui, en Taxi. » ( Il a dû se lever à 5 heures pour venir ici voir s’il pouvait avoir le travail, lui aussi commence à transpirer, et moi je commence à le trouver sympathique .) « Ok, je vous emmène avec ma bagnole à votre garage, en espèrant qu’on tombe pas en panne en route, et vous voyez ça là-bas, d’accord ? »
Nous voilà partis : les nids de poule devant la maison, puis le front de mer en bas de la rue. Sur le boulevard qui longe la mer, la circulation est fluide, le vent nous rafraîchit, je regarde au loin les cargos qui traversent l’estuaire vers le port d’Owendo, la ligne lointaine des forêts de l’autre côté, le ciel clair ; autour de nous, aux feux devant la Présidence, il y a des Blancs, dans leur 4x4, qui vont au boulot. « C’est loin, votre garage ? » « Non, patron, tu continues tout droit, c’est quartier Ayé ( ou Iaia, ou Eyé, de toute façon je n’ai jamais entendu ce nom). « Ah bon, alors tu m’indiques la route, hein ? » « Pas de problème, patron, c’est toujours tout droit. » Passé le Centre-ville, après Glass, il faut prendre à gauche. « Alors là, tu vois, c’est quartier Lalala Gauche ; si tu avais pris à droite, ce serait Lalala Droite : Droite, à droite ; Gauche, à gauche. »
On entre donc dans Lalala Gauche ; il n’y a plus de blancs, la rue devient très mauvaise. De chaque côté, des échoppes, des cabanes de planches couvertes de tôle ondulée, des épaves de voiture, des « maquis » dans lesquels des gens s’attablent pour boire une grande Regab. Regab : Regarde les Gabonais Boire , marque de bière populaire. Des boutiques, souvent peintes en rose fuschia, aux couleurs d’une marque de téléphones mobiles qui a fait une grosse pub en peignant tout Libreville en rose fuschia ; au devant de ces boutiques, on trouve des cuvettes de plastique multicolore, des enceintes de sono, des ustensiles en fer-blanc, des brochettes de poisson grillé, des cartes de téléphone, des piles de pneus d’occasion, des enfants assis par terre dans la poussière à côté de leur mère qui vend un régime de bananes, des gombos, des bouteilles remplies de cacahuètes. Il y a une saine animation, les gens ont l’air contents, occupés, assez en forme, pas encore fatigués, la fatigue viendra plus tard, quand il fera plus chaud. Ils ont l’air de savoir quoi faire, où aller. Entre deux cabanes, je remarque un type immobile, en débardeur très sale, presque aussi noir que sa peau ; debout, appuyé contre un poteau, il regarde fixement dans le vide.
Dans le vide,
c’est-à-dire par terre devant lui, il y a comme partout la poussière rouge de latérite, des sacs plastique décolorés qui traînent, une flaque noire d’huile de vidange.
DATE de la REDACTION : 24/08/08
| Juillet 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires