Vendredi 8 août 2008

   Je m’éveille tôt ce matin, grâce au chant des  coqs du quartier et des  autres oiseaux équatoriaux dont les sifflotis nous enchantent. Ils  rappellent ceux du fleuve Amazonie dans l’Aguirre ou la colère de dieu d’Herzog.  Je profite de cet espace de liberté matinal pour écrire un peu, ce que je n’ai pas eu le temps de faire depuis notre arrivée il y a déjà une semaine. A présent, les choses se calment et le quotidien semble déjà s’imprégner d’une petite  routine, signe que nous commençons à nous adapter.   Nous sommes arrivés le 3 aout dans la nuit, vers 1 heure trente du matin, avec deux heures de retard, après une longue escale à Casablanca, la traversée de l’Espagne, le passage du détroit de Gibraltar,  la traversée de l’Afrique de l’ouest. En descendant de l’avion, nous sentons immédiatement une touffeur moite nous assaillir de toute part, l’air humide et chaud adhérant à chaque parcelle de peau, envahissant nos poumons.  Ce n’est pas désagréable, mais c’est un changement radical et il nous faut deux ou trois jours pour s’adapter vraiment à ce nouveau climat. Au bout d’une semaine, nous n’avons plus ni trop chaud, ni le sentiment d’étouffer, c’est devenu normal, agréable même : on marche tout le temps pieds nus dans la maison, en tee-shirt. Heureusement, car c’est la saison sèche et fraiche et que le plus dur reste à venir. Quoiqu’il en soit, tout est climatisé : magasins, administration, tous les lieux publics- à l’excès pour certains, maison si on le souhaite. A l’aéroport, nous avons été coincés car nous n’avions ni visa, ni autorisations d’entrée sur le territoire, la personne devant nous les apporter ayant eu un souci pour venir…  Nous sommes restés dans le sas durant une heure ou deux, le temps que la personne de l’APE  chargée de nous accueillir, Chantal, débrouille l’affaire.  Nous avons ensuite pu rejoindre notre hôtel dans le quartier de la fête de Louis, pour faire une courte nuit. Guillaume n’en pouvait plus, il s’est endormi contre moi, nous avions le vague à l’âme, complètement perdus, Escouadisse nous manquait. Le premier jour n’est pas le plus facile, car la fatigue est accentuée par la stupeur de la découverte d’un nouveau monde et le sentiment de n’avoir pas de chez soi où se poser pour se reposer. Ce sentiment s’est vite estompé lorsque nous avons rejoint l’appart très agréable prêté par des collègues dans un quartier calme, Batterie IV, situé à côté de l’océan et pas loin du centre, ni des écoles. Nous venons d’ailleurs d’y trouver un appartement super classe.  Chantal, qui est franco-gabonnaise, s’est occupé de nous avec un dévouement remarquable, en nous parlant de la vie ici, de la mentalité, des fonctionnements de vie selon les diverses couches sociales, les blancs, les noirs (confirmant par là certaines de nos intuitions) et en nous accompagnant chaque jour dans toutes nos démarches d’installation, des courses à la recherche de logement en passant par la prise en main de notre voiture. Conduire à Libreville n’est pas une mince affaire : c’est le code Rousseau comme en France, mais adapté librement, si je puis dire. Nous avons vu trois cartons dans la même journée hier. C'est la conduite libre, les taxis s'arrêtent tout le temps ( des gens leur font signe tout le long de la route), bouchant la voie de droite à moitié. C'est une 4 voie en ville et il n'y a pas de limitations de vitesse. Pas trop de ronds points non plus. En outre sauf les grands boulevard, les rues n'ont pas de noms, pas de numéros : si tu veux donner un rendev à quelqu'un tu lui dis devant M'bolo ou derrière l'Intercontinentale. Bref, il faut bien connaître la ville car pratiquement tous les repères sont empiriques. Et ça, on a pas l'habitude. Bon, mais les gens sont quand même gentils, surtout si on ne fait pas de forcing. 
Le deuxième jour, une expatriée de l’APE qui nous a accueillis m’a conseillé de ne pas attacher les gosses à l’arrière, cela n’étant pas obligatoire. J’ai dû sévir après avec Gaspard pour qu’il continue à s’attacher. Lui était tout à fait d’accord avec ce principe de liberté.

Toutes ces démarches avec Chantal nous ont permis de découvrir la ville, ses quartiers, ses lieux incontournables pour faire ses courses, se débrouiller. De surcroîts, nous avons sympathisé et cela fait chaud au cœur de na pas arriver seul dans cette ville inconnue : cela place immédiatement notre aventure sous de bons auspices. Elle nous a invités chez elle plusieurs fois à découvrir  la cuisine locale et nos enfants sont devenus copains.  Ce qu’elle nous a expliqué, c’est qu’ici le lien social est très fort et que personne n’est jamais vraiment seul, avec les avantages et la saturation que ça peut comporter. Jacques en a d’ailleurs marre, il a envie de rester peinard aujourd’hui à la maison, à ne rien faire… Bien qu’un peu fatigués, et passés les premiers jours de grande perturbation de repères, les enfants réagissent bien, ils sont comme d’habitude,  énergiques, pour ne pas dire ch….

 Ici, tout est plus cher qu’en France, les produits de consommation courante (je viens de faire mes premiers yaourts), les logements et les loisirs. Seules l’essence et les clopes sont moins couteuses, il me semble. Nous découvrons la ville petit à petit, et aussi son environnement proche : forêt et plage, dont nous commençons à avoir le temps de profiter.  C’est très beau, avec le charme de l’Afrique : beaucoup de monde, beaucoup de jeunesse, une sorte de coolitude dans le comportement des gens pour beaucoup habillés avec soin, avec des tissus de boubou colorés, mais aussi à l’européenne (ou à l’américaine, Nike etc.). On se sent vraiment isolé au départ en tant que blanc, mais en fait, il y en a beaucoup ici et les relations entre blancs et noirs sont polies, sinon cordiales. L’ambiance est paisible, je ne trouve pas d’agressivité particulière, même moins que dans une ville française comme Lyon. Ca ressemble pas mal à une ville française, d’ailleurs. En fait, il faut se méfier de la même façon, ne pas laisser sa voiture avec des trucs dedans, etc. Il y a pas mal d’arnaques, ou de tentatives d’escroquerie. Les gens essaient… On a essayé de faire marcher le bouche à oreille pour notre recherche d’appart, avec les connaissances de Chantal, les gardiens d’immeuble. Nous avons visité une maison qui n’était pas finie (genre, il faudrait 6 mois pour la finir en France : pas de sanitaires, pas de fenêtres, pas de peinture, pas d’interrupteurs, du ciment partout), l’intermédiaire (un des intermédiaires) de l’entrepreneur nous promettait la fin des travaux 20 jours plus tard, à condition de s’engager à prendre la maison, voire d’avancer un peu d’argent…. Il aurait fallu être crédule pour croire que ce serait fini 20 jours plus tard. Cela donne une idée de comment on peut se faire avoir et emménager en janvier dans une maison très cher payée et en outre pas terminée.

Nous sommes passés dans pas mal de quartier, y compris le « cartier ». Au mont Bouet, notamment, pour chercher des tissus de mariage pour Chantal (à cette occasion, tout le monde porte le même tissu, coupé de façon personnelle). Il y a là un marché qui occupe une rue très longue, mais nous n’avons fait que le début : c’est très dense, avec des étals partout et de nombreuses petites boutiques,  il faut faire gaffe au pique-Pocket et les français n’y vont pratiquement pas.  Il y a de grandes disparités dans la population noire comme dans la blanche, et la pauvreté existe, mais ce n’est pas insoutenable à première vue. La solidarité fonctionne et les gens arrivent quand même à se débrouiller, il y plein de petits boulots.

On commence à vraiment se plaire ici et à nous sentir à l’aise. Régulièrement, un avion de ligne passe au dessus de la ville pour aller atterrir ou décoller à l’aéroport Léon M’ba de Libreville, situé au nord de la ville. C’est très chouette. Je retrouve avec un grand plaisir l’océan Atlantique, semblable à lui-même, même couleur gris-bleu, même goût, même force ( le kite-surf est pratiqué). Non, c’est cool, franchement !

On a eu raison d’arriver avant la rentrée, pour en profiter…

Je vais tenter de mettre quelques photos, d'ici un ou deux jours ( nous sommes en bas débit, je n'ai pas Internet à la maison, pas toujours le matériel approprié...) Les photos, ce n’est pas évident non plus, il ne faut qu’on puisse reconnaitre les gens dessus. La prise même est délicate, on est tout de suite dans la position inopportune. Discrétion de rigueur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Agathe - Publié dans : Libreville
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